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Gone Girls

Culture  •   3 années

J’ai vu “Horns” et “Gone Girl“, ce sont un peu les mêmes films. La preuve ? Mes critiques sont des clones :

(spoilers alert)

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GONE GIRL

Ah, on l’aime bien, David Fincher. Révélé par son étouffant “Alien 3”, il s’est ensuite vite imposé comme le patron du thriller visuellement et narrativement chirurgical, entre “Se7en”, “The Game” et autre “Zodiac”…

“Gone Girl”, adaptation du roman éponyme, c’est d’abord une histoire de couple éternel, avec toute la mythologie qui va autour, mythologie minutieusement piétinée par le scénario.

Lui, c’est Ben Affleck (ça devait être Brad Pitt), qui a pris quelques kilos avant Batman. Un mec normal, journaliste moyen un peu trop porté sur l’alcool, prenant le volant de sa Volvo CX90 de bourgeois beauf pour partir à la recherche de sa future ex-femme (il voulait divorcer).

Elle, c’est Rosamund Pike, incarnation presque picturale de la Jeune Femme, cette entité pop et iconique énoncée par le collectif Tiqqun en 1999, fantasme de sa société et prise au propre piège de son status.

Après une histoire d’amour qui démarre comme dans un rêve, tout se dérègle le jour où ils doivent quitter New York. Disputes, tensions… Et là, elle disparaît. On ne la retrouve pas et son absence va se diffuser, jusqu’à envahir les habitants du coin, puis les médias. Et devinez quoi, tous dirigent leurs soupçons et leur vindicte vers le chéri. Pendant désacralisé de sa compagne devenue une icône, notre bonhomme qui va devoir se coltiner une longue enquête aux dimensions initiatiques, pour retrouver le kidnappeur et au passage, comprendre comment ça fonctionne, une femme.

Cliffhanger : au court de l’intrigue, des cornes de cocue poussent sur la tête de l’héroïne, lui offrant l’énergie de pointer vers un faux coupable. Le film prend alors des allures de cirque burlesque et névrosé et les dialogues, noirs, cyniques et crédibles, se déversent dans leur forme la plus crue.

Sur son chemin vers la vérité, le héros passera en revue une riche galerie de personnages assez classiques : la soeur confidente puis antagoniste puis alliée puis victime, l’enquêtrice toujours un cran en retard, la #meufbonne (hello, Emily Ratajkowski) qui déraille la machine médiatique, les beaux parents parfaits que l’on aimerait baffer et bien sûr, le journal intime de la disparue à double tranchant.

L’héroïne se découvrira elle en parallèle un versant hystérico-psychopathe, la transformant en machiavélique harpie – les féministes apprécieront.

Alors que le film se ferme en reprenant la séquence d’ouverture, qui a désormais pris tout son sens (ça doit être la mode, en ce moment), on repense avec un petit rictus à cette rédemption très moderne, amère et mature, qui démonte finement deux piliers de notre construction collective :

– La Jeune Femme, ce récipient de pureté et de fantasmes
– Le couple, cette unité sociale primaire, sacrée et contre-nature

Et pour Fincher ? Ce travail plus terre à terre, moins spectaculaire, mais toujours impressionnant, laisse entrevoir une intéressante évolution.

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HORNS

Ah, on l’aime bien, Alexandre Aja. Révélé par son étouffant “Haute Tension”, il s’est ensuite vite imposé comme le patron du slasher visuellement et narrativement jouissif, entre “La Colline a Des Yeux”, “Mirrors” et autre “Piranhas 3D”…

“Horns”, adaptation du roman éponyme, c’est d’abord une histoire de couple éternel, avec toute la mythologie qui va autour, mythologie minutieusement glorifiée par le scénario.

Lui, c’est Daniel Radcliffe (ça devait être Shia Labeouf), qui a pris quelques kilos après Harry Potter. Un mec normal, DJ moyen un peu trop porté sur l’alcool, prenant le volant de son AMC Gremlin de hipster fauché pour partir à la recherche de sa future femme (il voulait l’épouser).

Elle, c’est Juno Temple, incarnation presque picturale de la Jeune Fille, cette entité pop et iconique énoncée par le collectif Tiqqun en 1999, fantasme de sa société et prise au propre piège de son status.

Après une histoire d’amour qui démarre comme dans un rêve, tout se dérègle le jour où elle doit partir pour L.A. Disputes, tensions… Et là, elle disparaît. On retrouve son cadavre et cette présence va se diffuser, jusqu’à envahir les habitants du coin, puis les médias. Et devinez quoi, tous dirigent leurs soupçons et leur vindicte vers le chéri. Pendant désacralisé de sa compagne devenue une une icône, notre bonhomme qui va devoir se coltiner une longue enquête aux dimensions bibliques, pour retrouver le tueur et au passage, comprendre comment ça fonctionne, une femme.

Cliffhanger : au court de l’intrigue, des cornes de démon poussent sur la tête du héros, lui offrant l’énergie de pointer vers le vrai coupable. Le film prend alors des allures de cirque mystiques et dépressif et les pensées, noires, cyniques et crédibles, se déversent dans leur forme la plus crue.

Sur son chemin vers la vérité, le héros passera en revue une riche galerie de personnages assez classiques : le frère confident puis antagoniste puis allié puis victime, les enquêteurs toujours un cran en retard, la #meufbonne (hello, Heather Graham) qui déraille la machine médiatique, le beau père parfait que l’on aimerait serrer dans ses bras et bien sûr, le journal intime de la disparue à double tranchant.

L’héroïne se découvrira elle en parallèle une tendance au sacrifice et au mensonge, la transformant en parfaite et fade Sainte – les  féministes apprécieront.

Alors que le film se ferme en reprenant la séquence d’ouverture, qui a désormais pris tout son sens (ça doit être la mode, en ce moment), on repense avec un petit regret à cette rédemption très solennelle, sucrée et immature, qui porte grossièrement deux piliers de notre construction collective :

– La Jeune Femme, ce récipient de pureté et de fantasmes
– Le couple, cette unité sociale primaire, sacrée et divine

Et pour Aja ? Ce travail plus terre à terre, moins sanguinaire, mais toujours bancal, laisse entrevoir une inquiétante limite.

Des réactions ?

  • Jp

    GG

  • http://merci-mytho.over-blog.com Merci Mytho

    Jolie critique

  • http://www.monsieurlam.com Lâm

    Merci, merci mytho, mais de pub, merci.