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Hack it – Steal it – Leak it, Slut-Shame it

Actu  •   4 années

Poom poom hier, le net est en émoi. Un indice :

Un autre ?

Beh oui, Jen, tu es nue, partout.

Pas le temps de taper sur Mathilde, il faut matter Jennifer. Depuis des mois, des hackers ont ainsi forcé le verrou de services (i)Cloud (ou alors le wifi des Emmy Awards ?) pour déballer hier la vie et les archives de stars. Beaucoup de stars.

L’affaire a vite été nommée “The Fappening“, ou “CelebGate

 

Ce qui a suivi hier fût un déluge de requêtes de Google, de réactions et de jeu du chat de la souris (hackers / stars, avocats / photos). Cela m’a fait réfléchir sur la culture #leak aujourd’hui, sur trois points notables :

1. Notre hypocrisie

2. Le Slut-Shaming

3. La généralisation du #leak tuera son intérêt

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L’EXCITATION AVANT LA MORALISATION

Sur l’hypocrisie, tout d’abord. J’ai déjà bien ri sur cette illustration qui résume 50% du problème :

Update : The Verge leur consacre un joli article au vitriol.

Comme une grande majorité de gens hier, j’ai été averti du leak, ma copine et moi avons frénétiquement cherché (pas bien loin, c’était encore partout) les fameuses images, les avons commenté tout en plaignant les cibles, nous en cliquant plus de liens, tout en plaignant les victimes.

A la manière d’une séance de YouPorn du voyeurisme, l’excitation a finalement laissé place a une vague, légère dépression. Ce n’est pas bien. C’est mal. Salauds de hackers qui brisent des vies contre des Bitcoin et un instant de gloire. Je me sens sali d’avoir vu ça, etc.

Comme une grande majorité de gens hier, j’ai réfléchi et j’ai été triste, mais après avoir bien tout regardé. J’ai participé à cette culture du #leak, qui me fait penser au célèbre adage de la presse people : “personne ne l’achète, mais tout le monde la lit.”

Même 4Chan, épicentre de la fuite (et non le coupable), châtie désormais les balances en les dénonçant, l’hypocrisie est totale.

Si le voyeurisme et la presse people sont les plus vieux vices du monde, la culture web, rythmée par une infinité de buzz/badbuzz nous pousse encore plus à en être, à en donner un avis. Je ne vois comment ni pourquoi le rapport hypocrite que nous entretenons avec la culture #leak changera à l’avenir.

J’écris ce post, tout en me demandant quand même à quoi doit bien ressembler cette photo d’Alison Brie et Dave Franco…

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LEAK-SHAMING, SLUT-SHAMING

Le problème de la culture leak, c’est aussi l’attribution des rôles de chaque partie. Qui est victime, qui est coupable, qui est complice passif ? Les réponses semblent claires au premier abord. Une bonne (j’espère) partie des réactions est empathique envers les victimes, mais l’autre côté existe bel et bien. Et il pue le Slut-Shaming, ou la dénonciation de femmes pour un comportement que l’on juge excessif, dépravé, comportement qu’elles considèrent de leur bon droit. Car oui, les victimes de leaks doivent en plus se taper le deuxième effet kiss kool : prouver leur innocence.

Madmoizelle.com vous explique le Slut-Shaming

Dans ce camp se trouvent des personnes et médias qui traitent donc les victimes de salopes, de dépravées, d’exhibitionnistes… Plus grave, lorsque l’on reproche aux victimes d’être la source de leurs ennuis. Sur le modèle du fameux et fumeux “si tu ne veux pas te faire violer, ne porte pas de mini-jupe“, ils assènent des “si tu ne prenais pas des photos de toi nue, il n’y aurait pas de fuites.

Circonstance bonus du Slut-Shaming : les hommes sont généralement épargnés. Le phallus de Kanye West se porte bien, merci pour lui. Manque d’intérêt ou misogynie ambiante, je vous laisse développer.

Désolé Colin Farrell, tu es l’un des seuls mecs à t’être fait avoir, avec ta sex tape.

Update : Intéressante tribune du Time qui se demande justement où sont les leaks d’hommes (merci Johan)

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Vous en voulez de belles ? Voici par exemple la réaction de Mary Elizabeth Winstead, l’une des actrices leakée hier :

 

La suite ? De bien belles réponses. Vous avez bien vomi au fond de votre gorge et de votre sens moral ?

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Vous aviez ravalé votre vomi de fond de gorge ? Il va resservir, grâce, cet article déjà culte du site Melty (cliquez pour le voir en grand) :

Article depuis supprimé par un stagiaire de Melty

Si ce n’était qu’un stagiaire chez Melty, mais on peut aussi trouver des voix “respectables”, comme le célèbre psychologue et psychanalyste Serge Tisseron, qui se livre dans le Figaro à une séance de Slut-Shaming (en plus de ne pas avoir compris que les victimes s’étaient faite voler leurs photos) de haut vol, non remboursée par la sécu :

 

Internautes connards, des stagiaires S.E.O, ou vieux experts largués, le mal reste : leur bruit, même grossier, brouille le débat et le message.

Entre les deux, on trouve aussi un ventre mou de personnes qui trouvent des raccourcis tout aussi douteux :

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Que ce dernier reste aussi clair que possible : les victimes de leaks sont à 100% des victimes, point. Il n’existe pas un gramme de responsabilité partagée.

– Les victimes font ce qu’elles veulent dans le privé.
– Les victimes n’enfreignent aucune loi.
– Lorsqu’une personne diffuse volontairement des photos ou des vidéos d’elle, on ne parle pas de leak. On peut parler de Kim Kardashian, par contre.

De l’autre côté, les personnes qui volent et diffusent des images privées, qu’elles soient des hackers, des paparazzis ou des amateurs, sont 100% coupables.

– Volent du contenu privé et protégé
– Créent des préjudices moraux, psychologiques et financiers énormes
– Tentent de les monétiser
Aussi ridicules ou “dépravées” qu’elles apparaissent en public, les personnes font ce qu’elles veulent en privé.

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L’ESPOIR, C’EST LA BANALISATION

Il reste cependant un motif d’espoir : la banalisation, dit mon titre juste au-dessus. Mais pourquoi ?

Attention, passons en mode observation amorale. On ne juge plus, on constate : prendre et envoyer des photos de soi nu(e) n’est pas nouveau. Le sexe et l’émoustillage à distance n’ont pas attendu les smartphones pour exister : correspondances, photos, téléphone, minitel, camescopes… Tous les prétextes et les moyens ont toujours été bons pour se lâcher et (s’)exciter.

Ce qui change, c’est la généralisation du phénomène.

Depuis quelques années, combien de stars, de peoples, de sportifs, mais aussi de gens comme vous et moi ont vu des images d’eux plus ou moins compromettantes exploser de la sphère privée à la sphère publique ? Beaucoup. Combien produisent des diffusent des images coquines via Tumblr, Twitter, Snapchat ? Des millions ? C’est bien là, la différence. Par le passé, les cas étaient rares et spectaculaires. Avec le temps, ils se banalisent (rappel : on ne juge pas, on observe)

Remember Sainte-Valérie, qui a pris cher pour tout le monde.

Le facteur commun à toutes ces fuites reste le smartphone, ce petit écran qui enregistre toute notre vie et nous offre une fenêtre sur celle des autres. Nous en avons tout un et de plus en plus d’entre nous y consignons des moments intimes de notre vie qui, pris hors contexte, passent de cellules intimes à bombes atomiques.

Nous voici tous dans le même panier, avec des dossiers les uns sur les autres. Et donc ? Eh bien, assumons et acceptons. Je disais il y a quelques années que le blogging était comme le jean taille basse : une tendance assez populaire pour que tout le monde montre son nombril sans complexe.

Bref, un monde dirigé par Spencer Tunick

Aujourd’hui, une personne qui raconte sa vie et donne son avis sur tout, c’est normal, ce sont les blogs et encore plus les réseaux sociaux. Personne ne se fait traiter d’exhibitionniste, parce que tout le monde en est.

Que se passerait-il si demain, nous nous retrouvions tous nus sur Internet ? D’une certaine manière, cela arrive déjà. Facebook montre chaque Lundi à vos contacts vos excès du week end. Aujourd’hui, voir un collègue de boulot ivre mort ou une connaissance de connaissance en maillot de bain ne choque plus personne.

Ces dernières années, j’ai reçu ou produit des photos un peu coquines, et c’est normal.

Update : les chiffres aux USA montrent qu’envoyer ou recevoir des photos et messages privés à caractère sexuel se généralise. On parle de 20% des américains, 80% des 21 ans et moins.

 

Update 2 : cet article ancien mais très intéressant de Titiou : pourquoi on envoie des photos de nous à poil ?

Le Leak se retrouve ainsi dans une sorte de rôle de bras armé, brutal et sombre d’une tendance profonde depuis des années : on se voit tous les uns les autres. La généralisation des leaks et donc leur banalisation tuerait, ou au moins minimiserait alors l’impact du Leak en tant sur une personne “exceptionnelle”.

Le raisonnement peut sembler un peu extrémiste ou optimiste, mais les faits sont encourageants pour JLaw et les victimes de leaks : ces derniers blessent, mais ne tuent plus, même professionnellement. Scarlett Johansson en est la preuve. Lorsque des photos d’elle ont été dévoilées, cela n’a pas empêché de continuer sa carrière et de signer de gros rôles, comme la Veuve Noire, Her, Under The Skin ou Lucy

En attendant cette hypothétique Ère de grande libération des corps et des intimités, protégez un minimum la votre.

Résumé des liens :

Madmoizelle.com vous explique le Slut-Shaming

The Verge défonce ces hommes qui défendent la Vie Privée face à la NSA, mais condament les victimes de leaks

Serge Tisseron se livre dans le Figaro à une séance de Slut-Shaming de haut vol

Intéressante tribune du Time, qui se demande justement où sont les leaks d’hommes

 

+ Aux USA, envoyer ou recevoir des photos et messages privés à caractère sexuel se généralise

En attendant que tout le monde soit à poil sur Internet, protégez un minimum votre vie privée

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Des réactions ?

  • http://google.fr Antoine / -sTraTe-

    Etant donné qu’on peut donner son avis je m’y emplois.

    Premier point, ce qui fait que ça marche c’est que se sont des stars. Aujourd’hui une star n’est plus un modèle mais un produit. Ils/Elles mettent en scène leur propre image créant de fait une distance avec le commun des mortels. Ils mettent en scène leur monde fait de millions de dollars, de villa somptueuses, de voiture de luxe pour une activité qu’on estime facile (se faire filmer). En gros se sont des privilégiés qui passent leur temps à le montrer pour continuer à exister. C’est peut-être un moyen de mettre un coup de frein à tout ça pour les ancrer dans une réalité qui nous est plus familière.

    Deuxième point, qui se soucie l’humain qui se cache derrière la star ? Franchement pour moi qui n’est personne, Scarlett ou Jen ou Brad pourraient aussi bien être des personnages purements virtuels créés en images de synthèse que ça me ferait le même effet. Leur réalité est tellement éloignée de la mienne que j’ai peine à croire qu’ils existent vraiment. On les traite au même titre qu’un personnage de jeu vidéo qui n’a pas d’existence propre. Se sont des êtres virtuels, de fait on ne peut pas leur faire de mal, le bashing des stars vient aussi de cette impression, entretenue par le star-system (cf. point 1).

    Attention je ne fais pas l’apologie de ce qui arrive aux victimes, j’essaye juste d’expliquer pourquoi on ne se rend même pas compte de leur statut de victime.

  • http://www.monsieurlam.com Lâm

    J’aurai dû développer plus, mais la tendance du leak touche tout le monde. Des sites entiers sont remplis d’images d’anonymes nu(e)s envoyés par des ex ou des proches malveillants. Et ces sites cartonnent.

  • R.

    Effect collatéral : pour une fois, nous voyons des stars sans Photoshop, maquillage ou mise en scène.
    Espérons que cela aura un effet positif sur quelques personnes trop habituées aux représentations qu’on peut faire d’elles.

  • CaroPlume

    100% d’accord avec toi en tous points. j’ai perdu bcp de temps ajd à m’engueuler avec un abruti qui trouve que JL a “tendu le bâton pour se faire battre”…
    Comme toi, j’ai diffusé le lien en privé et je me suis sentie ensuite très bête.
    bravo pour ton analyse qui me semble très juste.

  • Angèle

    Allo le moralisateur ? HS

  • Angèle

    Rho ca marche le reply a partir de l’iPhone. Je répondais à R. donc.

  • sheeshee

    Bizarement je me fiche totalement de savoir qui est la victime et qui est l’accusé. Mon cerveau est beaucoup trop occupé à chercher les autres photos…

  • Yuyo

    J’ai l’impression que tu paraphrase des vieux posts de Maïa Mazaurette dans ce post

  • Mzai

    Lorsqu’on m’a parlé de ce leak hier, je n’ai même pas cherché à voir les photos en question. Ce genre de situation devrait juste amener tout le monde à se poser deux minutes et réfléchir à ce qu’on fait en uploadant tout son disque dur sur iCloud ou Dropbox (ou Facebook, Twitter, G+, Instagram, et même Snapchat).

  • http://google.fr Antoine / -sTraTe-

    Je précise aussi que je suis tout à fait d’accord avec toi sur la deuxième partie de ton exposé.

    A mon avis les entretiens d’embauches sont caractéristiques de cette tendance, on est passé de la condamnation (inutile d’envoyer un CV si une photo de vous bourré, nu ou même juste en boite avec des amis apparait sur le net) à une relative bienveillance (au moins il a une vie sociale en dehors du bureau, c’est une personne qui sait décompresser et s’amuser en dehors de ses heures de travail…).
    Demain on trouvera ça même louche de ne pas trouver de photo de toi le cul à l’air sur le net. Et je ne parle pas des gens qui n’ont pas d’identité numérique (par choix ou par sécurité) qui eux ne seront même pas reçu aux entretiens d’embauche car les recruteurs estimeront que si ils ne sont nul part sur la toile c’est qu’ils ont des choses horribles à cacher.

  • http://www.superbytimai.com mai

    tellement intértessant. il n’y a qu’un truc sur lequel je ne te suis pas, c’est sur le principe d’hypocrisie. t’es pas assez gentil avec toi : refuser de succomber à ses pulsion n’est pas de l’hypocrisie. c’est même ça qui permet aux gens de vivre ensemble. ça… crée des civilisations! ;x

  • Rosalie

    @Lam

    Sur ces sites dont tu parles, la majorité des images ne viennent pas d’un ex-boyfriend jaloux, mais comme pour nos stars préférées ce sont des photos hackées et leakées…

    Cet article en parle très bien (en anglais) et va un peu à l’encontre de la banalisation que tu suggère : la plupart des femmes très normales dont les photos intimes sont publiées, sont touchées négativement dans leur vie quotidienne (boulot, enfants etc…) et ont encore du mal à le supporter.

    http://jezebel.com/one-womans-dangerous-war-against-the-most-hated-man-on-1469240835)

  • http://www.monsieurlam.com Lâm

    L’hypocrisie selon moi, c’est de se vautrer dans un système pour ensuite, une fois repu, le condamner à voix haute.

  • djakk

    Quand j’ai appris ça, je me suis dit “ne pas chercher ne pas chercher”. Comme pour l’exécution d’un journaliste ou de Saddam Hussein.
    Après je risque quand même de tomber dessus par hasard : les fesses de Scarlett Johansson je les ai vues à cause de Boulet -_- et évidemment j’ai sauvegardé l’image -_- -_-
    C’est un piratage, pas un compte Facebook mal protégé !

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